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Valeurs propres et vecteurs propres

Si $ A$ et $ D$ sont deux matrices telles que $ P^{-1}AP = D$, alors $ AP=PD$. Mais si $ D$ est une matrice diagonale, multiplier $ P$ à droite par $ D$ revient à multiplier les vecteurs colonnes de $ P$ par les coefficients diagonaux de $ D$. Notons $ V_i$ le $ i$-ième vecteur colonne de la matrice $ P$ et $ \lambda_i$ le $ i$-ième coefficient diagonal de $ D$. Pour tout $ i=1,\ldots,d$, on doit avoir :

$\displaystyle AV_i = \lambda_iV_i \Longleftrightarrow (A-\lambda_i I)V_i = 0\;,
$

en notant $ I$ la matrice identité de dimension $ d$. On dit que $ V_i$ est un vecteur propre de $ A$ associé à la valeur propre $ \lambda_i$.

Définition 12.2.1   On dit que $ V$ est un vecteur propre de $ A$ associé à la valeur propre $ \lambda$ si $ V$ est un vecteur non nul et :

$\displaystyle AV = \lambda V \Longleftrightarrow (A-\lambda I)V = 0\;.
$

Observons que $ \lambda$ ne peut être une valeur propre de $ A$ que si le système $ (A-\lambda I) V=0$ a une solution non nulle. Voici 2 manières équivalentes de l'exprimer (cf. Chapitre "Calcul matriciel'').

Proposition 12.2.2   Un scalaire $ \lambda$ est valeur propre de la matrice $ A$ si et seulement si l'une des conditions équivalentes suivantes est vérifiée.
  1. Le rang de la matrice $ A-\lambda I$ est strictement inférieur à $ d$.
  2. Le déterminant de la matrice $ A-\lambda I$ est nul :

    $\displaystyle Det(A-\lambda I) = 0\;.
$

Si $ \lambda$ est une valeur propre, l'ensemble des vecteurs $ V$ tels que $ (A-\lambda I) V=0$, est un sous-espace vectoriel. Par définition, il contient le vecteur nul, et tous les vecteurs propres de $ A$ associés à $ \lambda$. On l'appelle le " sous-espace propre'' associé à $ \lambda$. Remarquons qu'un même vecteur propre ne peut être associé qu'à une seule valeur propre. Par conséquent, deux sous-espaces propres associés à deux valeurs propres distinctes ont une intersection réduite au vecteur nul.

Si une matrice $ A$ est diagonalisable ( $ P^{-1}AP = D$), alors les vecteurs colonnes de la matrice de passage $ P$ sont des vecteurs propres de $ A$. Mais pour être une matrice de passage, $ P$ doit être inversible, c'est à dire que ses $ d$ vecteurs colonnes doivent former une base. La condition nécessaire et suffisante pour qu'une matrice soit diagonalisable est donc qu'elle admette $ d$ vecteurs propres formant une base.

Théorème 12.2.3   Une matrice $ A$ est diagonalisable si et seulement si elle admet $ d$ vecteurs propres linéairement indépendants.

Le résultat théorique le plus important concernant les vecteurs propres est le suivant.

Théorème 12.2.4   Soient $ V_1,\ldots,V_k$ des vecteurs propres associés respectivement à des valeurs propres $ \lambda_1,\ldots,\lambda_k$, toutes distinctes. Alors la famille de vecteurs $ \{V_1,\ldots,V_k\}$ est une famille libre.

Démonstration :  Nous allons montrer par récurrence sur $ k$ que :

$\displaystyle \sum_{i=1}^k \alpha_i V_i = 0 \Longrightarrow
\alpha_i=0\;,\;\forall i=1,\ldots,k\;.
$

C'est vrai pour $ k=1$, puisque par définition un vecteur propre est nécessairement non nul. Supposons la propriété vraie à l'ordre $ k\!-\!1$. Soient $ \lambda_1,\ldots,\lambda_k$ des valeurs propres distinctes deux à deux et $ V_1,\ldots,V_k$ des vecteurs propres associés. Supposons :

$\displaystyle \sum_{i=1}^k \alpha_i V_i = 0 \Longleftrightarrow
\sum_{i=1}^{k-1} \alpha_i V_i = -\alpha_k V_k\;.
$

En multipliant à gauche par la matrice $ A$, on obtient :

$\displaystyle \sum_{i=1}^{k-1} \alpha_i \lambda_i V_i = -\alpha_k \lambda_k V_k\;.
$

Mais on a aussi :

$\displaystyle \sum_{i=1}^{k-1} \alpha_i \lambda_k V_i = -\alpha_k \lambda_k V_k\;.
$

Soit en soustrayant les deux équations :

$\displaystyle \sum_{i=1}^{k-1} \alpha_i (\lambda_i-\lambda_k) V_i = 0\;.
$

D'après l'hypothèse de récurrence à l'ordre $ k\!-\!1$, ceci entraîne que pour tout $ i=1,\ldots,k\!-\!1$, $ \alpha_i(\lambda_i-\lambda_k)=0$, donc $ \alpha_i=0$, puisque $ \lambda_i\neq \lambda_k$. Mais alors nécessairement $ \alpha_k V_k$ est nul, donc $ \alpha_k=0$ puisque le vecteur propre $ V_k$ est non nul.$ \square$

Ce théorème a deux conséquences pratiques importantes, qui sont rassemblées dans le corollaire suivant.

Corollaire 12.2.5    
  1. Une matrice de taille $ d\times d$ admet au plus $ d$ valeurs propres distinctes.
  2. Si une matrice $ A$ de taille $ d\times d$ admet $ d$ valeurs propres distinctes, alors elle est diagonalisable.

Démonstration :  Dans un espace de dimension $ d$, une famille libre comporte au plus $ d$ vecteurs, il ne peut donc pas y avoir plus de $ d$ vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes. Si on a $ d$ valeurs propres distinctes, alors une famille de vecteurs propres dont chacun est associé à une des valeurs propres est nécessairement libre d'après le théorème précédent. Comme elle comporte $ d$ vecteurs, c'est une base.$ \square$



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